Écriture
Adieu Lacan
Betty Milan
« Le Perroquet de Lacan », postface de Michèle Sarde
Voici réunis en un seul volume un roman – Le Perroquet de Lacan – et
une pièce de théâtre – Adieu Docteur – tirés de l’analyse de Betty
Milan auprès de Jacques Lacan dans les années 1970. Le roman sur le drame
de l’immigration et la perte d’identité, la pièce de théâtre sur le genre
et la maternité sont les deux faces de cette expérience analytique
fondatrice.
Quatrième de couverture
Extrait de la postface
Au début de ce roman, Seriema, l’héroïne du Perroquet de Lacan,
se demande « par quel bout la prendre, cette histoire ». Elle commence à
la prendre par l’autre bout du monde, le monde de l’autre, c’est-à-dire,
pour cette native de São Paulo, le Paris intellectuel et dominateur du
brillant Docteur. Mais Seriema finit l’histoire par où elle commence,
dans la patrie de Vari où ses ancêtres libanais sont arrivés du pays du
Cèdre. Pour terminer l’histoire par le bon bout, il faut l’arrêter dans
la langue où l’on rêve. [...]
La remémoration de Seriema fait revivre un monde qui n’est ni exotique
ni étranger, mais étrange pour les Brésiliens sans doute comme pour
les non-Brésiliens, puisqu’il est celui de la diaspora dans la diaspora,
d’une minorité étrangère dans son propre pays, d’une émigration
particulière dans un pays d’immigration. Séparations, exils, nostalgies
et mal de vivre, acculturations et refus d’intégration, comme des poupées
russes, s’emboîtent les uns dans les autres : chrétiens au Liban, Turcos
venus du pays du Cèdre dans le pays des perroquets blonds, Brésilienne
dans un Paris où même le Docteur rêve d’Amérique. L’image de la miniature
persane au pays des Tupis figure la déperdition, le déficit de civilisation
qu’implique chaque nouvelle partance mais aussi l’acquis et la richesse du
nouveau métissage.
Michèle Sarde
[Texte de la postface de Le
Perroquet et le docteur, de la même
autrice, revu et adapté pour cette nouvelle édition]